L'histoire de la Hardonnerie

La Hardonnerie, toute une histoire

Lorsque WELFARM a acheté la ferme de la Hardonnerie à Vauquois en 2008, l’équipe ne s’attendait pas à découvrir un lieu tant chargé d’histoire. Un héritage que nous souhaitons vous faire partager dans cette rubrique.

En consultant les archives départementales, nous avons pu remonter jusqu’à l’année 1882. Nous savons qu’à cette date, un certain M. Jacquesson vend la ferme de la Hardonnerie à M. Combier. La butte de Vauquois, où était installé le village avant la guerre, est devenue un champ de bataille pendant la guerre de 1914 à 1918. La ferme de la Hardonnerie, comme pratiquement toutes les autres fermes de Vauquois, a été entièrement détruite lors des affrontements entre les Français et le Allemands.

L’après-guerre et la reconstruction

M. Combier perçoit alors des dommages de guerre, mais ne reconstruira pas pour autant les bâtiments. Il vend le terrain à M. Laligue en 1926, qui construira dès 1929 les bâtiments agricoles et la maison que nous connaissons aujourd’hui. Messieurs Combier et Laligue, bien que propriétaires de la ferme, ne vivaient pas sur place. Ils employaient des travailleurs qui exploitaient la ferme.

En ce qui concerne la construction des bâtiments de la ferme, nous sommes face à une architecture extrêmement moderne pour l’époque. Les bâtiments de la Hardonnerie marquent une rupture avec la ferme lorraine traditionnelle. L’influence de l’hygiénisme[1] est très présente, et les plans de reconstruction des fermes de l’après-guerre portent le sceau du progrès sanitaire. Au nom de l’hygiène, on évite à présent la cohabitation des animaux et des hommes sous le même toit, on agrandit le volume des pièces, et on augmente l’apport de luminosité à l’intérieur de la maison. La grange, l’étable et le logement de la ferme de la Hardonnerie sont séparés, ce qui est peu ordinaire à l’époque.

La métamorphose du monde agricole

En 1961, M. et Mme Degret achètent la Hardonnerie et ses terrains qui sont en friche – la ferme n’étant plus exploitée depuis quelques années. Après un début difficile, la ferme bat son plein en 1970 : M. et Mme Degret produisent les céréales pour les bêtes et élèvent 25 vaches laitières, 20 vaches allaitantes, mais aussi des lapins et des volailles. Ils connaissent cependant deux années éprouvantes : 1976 marquée par une grande sécheresse, et 1987 où ils sont contraints d’éliminer tout leur bétail, alors contaminé par la brucellose[2]. En 1998, M. et Mme Degret prennent leur retraite et quittent définitivement la ferme pour Boureuilles, un village situé à 3km de Vauquois, mais gardent la moitié des terres attenantes à la Hardonnerie, aujourd’hui exploitées par leur gendre. Ils vendent la ferme à M. Delandre, devenu maire de Vauquois en 2001.

Au cours de ces quatre décennies, M. et Mme Degret ont été témoin de grands changements. Lorsqu’ils sont arrivés à la Hardonnerie, il n’y avait point de toilettes intérieure ni eau courante : l’eau était tirée du puits devant la maison. Mme Degret allait au lavoir durant leurs deux premières années à la ferme, puis la machine à laver a fait son apparition dans la maison en 1963. Peu à peu, les machines agricoles ont donné de nouvelles dimensions à la production : désormais, on produit à plus grande échelle. Selon M. Degret, « avant, on travaillait moins le dimanche. Maintenant, on n’a plus le temps d’aller à la messe. Avant, on s’arrêter pour reposer les chevaux. Maintenant, c’est le tracteur jour et nuit ! Et avec les engrais, on le laisse plus reposer la terre.»

La Hardonnerie devient la ferme-refuge de WELFARM

En 2006, Ghislain Zuccolo, directeur de la Protection mondiale des animaux de ferme, est invité à passer un séjour d’une semaine dans un refuge de l’association américaine Farm Sanctuary. Cette visite sera déterminante pour WELFARMv, qui prendra la décision de se lancer dans la création d’une ferme-refuge, avec la volonté d’offrir un espace de vie répondant aux besoins des animaux et permettant de sensibiliser le public aux différentes pratiques d’élevage.

Au cours de ses recherches, Ghislain Zuccolo a un véritable coup de cœur pour la ferme de la Hardonnerie : « quand j’ai découvert la ferme, entre forêt et prairie, j’ai pensé : c’est le rêve inaccessible ! ». La PMAF ne dispose malheureusement pas de moyens suffisants pour acheter la ferme. Un appel au don est lancé, on ouvre un compte à part pour la ferme. Elisabeth Hardouin-Fugier, administratrice de l’association, confie : « je pensais que le compte ne se remplirait pas, c’était un test très raisonnable : si ça ne marche pas, on demande aux donateurs si on peut utiliser les fonds pour d’autres projets ou on leur rend. »

En 2008, le coup d’envoi est lancé grâce aux donateurs. Le projet de ferme-refuge conquiert le public et l’association récolte assez de fonds pour acheter la ferme et les terres attenantes. Un espace de 44 hectares qui pourra désormais accueillir des animaux maltraités ou réformés d’élevages intensifs. En octobre 2010, Pascal Guidat est embauché pour le poste de gardien et soigneur des animaux. Il s’attèle alors au défrichage du site, pour pouvoir accueillir les premiers animaux en mai 2011. Un an plus tard, Jessica Manichon, éthologue responsable du projet, installe son bureau à la ferme.

 

 

De nombreux aménagements ont été réalisés pour permettre un accueil adapté aux besoins des animaux sauvés. De nouveaux travaux sont actuellement en cours en vue de l’ouverture au public au printemps 2014.


 

 

[1] Courant de pensée développé au cours du XIXe siècle et mettant en avant l’importance de l’hygiène pour la santé humaine.

[2] Maladie infectieuse du bétail due à des bactéries, et transmissible à l’homme