Les lapins de chair

Lapins de chair
Actuellement, la majorité de la production de lapins de chair est en élevage « rationnel ». Il se caractérise principalement par un élevage dans des cages dites en batterie avec de fortes densités allant de 15 à 20 lapins/m². Ces modes de détention réduisent fortement la complexité de l’environnement ce qui est fortement préjudiciable au bien-être des lapins. Ainsi apparaissent des troubles comportementaux, des maladies, des dommages morphologiques, du stress. Dans cet environnement appauvri, les lapins souffrent également d’un espace disponible insuffisant, de l’absence de partenaires sociaux ou de l’absence de stimuli. Aucun texte réglementaire en France et en Europe ne définit une protection minimale des lapins de chair.

 

WELFARM réalise un travail de fond afin de déterminer comment les pratiques actuelles d’élevage peuvent évoluer de manière à mieux prendre en compte le bien-être des lapins, tout en conservant un système techniquement et économiquement viable. Nous souhaitons qu’une alternative au lapin en cage soit systématiquement proposée aux consommateurs.

WELFARM œuvre également pour qu’un texte réglementaire protégeant les lapins soit adopté au plus vite au niveau européen.

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1. Etat des lieux de la production

Production mondiale

La production mondiale de lapins de chair (1,6 million de tonnes en 2009) est à la hausse ces dernières années notamment avec la Chine, 1er producteur avec 700 000 TEC (Tonnes Equivalent Carcasses) par an (FAO : Food and Agriculture Organization, 2009). La France est le 5ème producteur mondial de lapins de chair, derrière la Chine, le Venezuela, l’Italie et l’Espagne.

Répartition de la production mondiale de viande de léporidés
(lièvres et lapins, source : FAO)

Répartition de la production mondiale de viande de léporidés (lièvres et lapins, source : FAO)

 

Production française

La production française qui s’élève à 62 000 tonnes est en déclin depuis les années 1980 (150 000 TEC en 1980). La filière cunicole française est divisée en deux systèmes de production : le système familial ou traditionnel (18% de la production), difficilement quantifiable, et le système dit « rationnel » (82% de la production) (ITAVI : Institut Technique de l’AVIculture, 2011).

Cette baisse de production est corrélée avec la consommation de lapins par les Français qui a diminué de 37% en 15 ans et n’est plus que de 0,95 kg/hab./an (ITAVI, 2011).

2. Quels sont les comportements et besoins des lapins ?

Le lapin de chair possède un fonctionnement biologique et un comportement très proche de celui du lapin sauvage. Que ce soit au moment de la reproduction ou en période de croissance, le lapin possède des besoins particuliers.

Les besoins du lapin de chair

  • Besoin de se mouvoir : par l’acquisition d’une locomotion et d’une posture normales comme se tenir debout, se coucher étendu en position ventrale, courir, bondir…

  • Besoin d’une alimentation adaptée avec un apport de fourrage grossier pour le comportement de caecotrophie (production d’une part de deux types d’excréments au cours de la journée et d’autre part, ingestion d’un des deux types et rejet de l’autre).

  • Besoin de contacts sociaux : en vivant en compagnie de congénères, une hiérarchie s’installe et les lapins peuvent mettre à contribution leurs sens pour communiquer.

  • Besoin d’activité : une stimulation de leur environnement évite les comportements stéréotypés (mouvements répétitifs et sans fonction apparaissant en cas de frustrations comportementales très fortes).

     

  • Besoin d’un espace structuré en zones fonctionnelles : leur permet de trouver un endroit où se retirer et se reposer.

  • Besoin d’un sol adapté : pour qu’ils expriment leur comportement de recherche de nourriture, de creusement du sol, de thermorégulation.

 

3.Les systèmes de production en France

Les modes de production du système familial sont hétérogènes mais très traditionnels : élevages en clapiers.

Par contre, les modes de production de lapins de chair du système « rationnel » sont beaucoup plus homogènes.

L’insémination artificielle, la conduite en bande unique (regroupement dans une même cellule de bâtiment, d’animaux de même âge ou même stade physiologique) le système tout plein-tout vide ??, l’alimentation automatique et le rationnement sont les principaux points techniques d’évolution de l’élevage de lapins qui se sont progressivement imposés à l’ensemble de la production ces dernières années. En effet, ces derniers répondent aux contraintes zootechniques en matière de productivité, de maîtrise sanitaire, de traçabilité et de conditions de travail.

schéma de production de la conduite en bande

Moyens de détention

  • En maternité :

Les lapines et leur portée sont détenues dans des cages grillagées individuelles aux dimensions et superficies restreintes : 0,3 m² et 30 cm de hauteur. Elles y disposent d’un nid, d’un abreuvoir et d’une mangeoire.

détention des lapines

  • En engraissement :

Après le sevrage, les lapins sont détenus dans des cages grillagées avec une densité avoisinant les 15 à 20 lapins/m². L’aménagement est réduit au plus simple : un abreuvoir et une mangeoire.

engraissement en cages

Ces modes de détention en cage représentent plus de 95% de la production « rationnelle » de lapins de chair en France.

Taux de mortalité

Le taux de mortalité entre la naissance et la vente est d’environ 21% (entre la naissance et le sevrage, il est de 15% tandis qu’en engraissement il est de 7%).

Antibiotiques

Une quantité importante d’antibiotiques est utilisée dans les élevages de lapins, notamment en maternité afin de contrer les problèmes de mortalité élevée. Le lapin est ainsi l’espèce la plus exposée aux antibiotiques dans les systèmes d’élevage actuels en France.

Les certifications et autres modes d’élevage

  • Certification Conformité Produit (CCP) :

Les démarches de certification comme la CCP (Certification Conformité Produit) (16% de la production rationnelle) apportent très peu de changements sur la conduite et les moyens de détention des élevages de lapins de chair. Elles assurent surtout le respect de normes et en particulier la norme AFNOR NF V 47-001/A1 sur les élevages cunicoles. Elle garantie une qualité régulière et différenciable du standard. Néanmoins, les conditions d’élevage sont similaires à celles de l’élevage « rationnel » décrites précédemment.

Répartition des productions sous signes de qualité
(Source : FranceAgriMer, 2010)

Répartition des productions sous signes de qualité

 

  • Label Rouge :

La production de lapin Label Rouge représente environ 1% de la production totale. Les conditions en maternité sont similaires à celle de l’élevage « rationnel ». Par contre, en engraissement, les lapins sont détenus dans des parcs de 2,5 m² avec une densité de 10 lapins/m².

  • Agriculture Biologique :

Moins de 1% de la production est faite en Agriculture Biologique. Les lapins sont détenus dans des cages mobiles au milieu de pâtures ou bien dans de grands parcs pour l’engraissement. Cependant, dans la majorité des élevages, un fort taux de mortalité y est présent, autour de 40%.

Label rouge AB

 

4.Législation


Il n’existe actuellement aucun texte réglementaire en France concernant la protection minimale des lapins de chair. L’élevage et la détention des lapins ne sont régis que par les articles généraux du code rural, en particulier l’article L214-1 concernant la protection des animaux : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. » Ce type de texte réglementaire, très généraliste, ne peut pas être contrôlé sur le terrain.

Au sein de l’Union européenne, la filière cunicole se réfère à la directive communautaire 98/58/CE du Conseil du 20 juillet 1998 concernant la protection des animaux dans les élevages. Aucune directive européenne particulière ne concerne les élevages de lapins de chair.

5.Comment les systèmes d’élevage actuels prennent-ils en compte les besoins des lapins ?

 

Le système « rationnel »

Le système « rationnel » actuel d’élevage de lapin, qui est largement répandu, répond à très peu de besoins du lapin et est pauvre en stimuli.

Les besoins de déplacements du lapin ne sont absolument pas satisfaits compte tenu des fortes densités et des dimensions des cages utilisées. Ils ne peuvent ni courir, ni bondir, ni même se mettre en position debout.

Les sols grillagés utilisés dans les élevages de lapins sont source de lésions au niveau des pattes et ne répondent pas aux besoins de creuser ou de rechercher la nourriture. Cependant, ce type de sol permet d’éviter la trop forte fréquence de problèmes sanitaires (coccidioses…).

Leurs interactions sociales sont limitées compte tenu du manque d’aménagement de l’espace et de la forte densité. Les lapines ne peuvent également pas interagir entre elles en raison de leur détention individuelle.

L’aménagement de leur espace étant réduit au plus simple, les lapins ne disposent pas non plus d’endroits où se retirer et se reposer. Ils n’ont pas la possibilité de répondre à leur besoin d’activité, notamment avec des éléments à ronger.

Le Label Rouge

L’élevage Label Rouge répond mieux aux besoins locomoteurs et sociaux des lapins mais uniquement lors de l’engraissement.  En maternité, les conditions d’élevage sont similaires à celles de l’élevage « rationnel » et ne répondent qu’à très peu de besoins de la lapine et sa portée.

L’Agriculture Biologique

En Agriculture Biologique, les conditions d’élevages respectent les besoins comportementaux des lapins. Cependant, la maîtrise sanitaire étant particulièrement ardue, il en résulte des taux de mortalité importants.

Un système alternatif se situant entre l’élevage « rationnel » et l’élevage biologique pourrait être envisageable, semblable au parc d’engraissement Label Rouge.

6. Quelles alternatives pour les cages en batteries ?


L’élevage de lapins devrait leur permettre d’avoir des contacts sociaux, un espace suffisant pour exprimer leurs comportements locomoteurs et de réaliser diverses activités pour éviter les comportements stéréotypés.

  • En maternité :

    En maternité, pour le moment, les parcs individuels ou les cages aménagées semblent être  la seule alternative envisageable. En effet, les nombreux comportements agressifs existants entre lapines lorsqu’elles sont en groupe sont un frein au développement de parcs pour une éventuelle détention en groupe. Ces cages aménagées seraient équipées de mezzanines, de repose-pattes, ainsi que d’éléments à ronger.

  • En engraissement :
  • L’utilisation de cages s’est développée afin de permettre un engraissement par portée. Actuellement, cette pratique n’est plus répandue en particulier en raison de l’augmentation des tailles de portée. L’utilisation de parcs présente alors une bonne alternative offrant davantage de liberté de mouvements aux lapins.

7. Perception du consommateur sur les modes d’élevage

WELFARM a réalisée une enquête en 2011 afin d’avoir un aperçu sur la perception des modes d’élevages par le consommateur. Près de 46% des enquêtés ne consomment pas de lapin pour des raisons affectives. 44% d’entre eux n’ont aucune idée du mode d’élevage actuel des lapins de chair. 70% ne connaissent pas l’existence de labels. Et 82% des consommateurs seraient prêts à payer plus cher pour un lapin « bien-être ». Il est donc nécessaire d’informer et responsabiliser le consommateur sur les modes d’élevage actuels des lapins.

« Tenir compte du bien-être animal n’est en soi pas diamétralement opposé aux intérêts économiques et ne repose pas sur des sentiments, mais sur le respect du caractère propre de l’animal que nous manipulons chaque jour. »
Inge Overmeire (Vétérinaire et spécialiste cunicole belge).

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