Poules pondeuses

Campagne poules pondeuses PMAF

En France, 68% des poules pondeuses sont encore élevées en cage, dans des conditions incompatibles avec leur bien-être.

Le mode d'élevage des poules pondeuses s'est fortement diversifié ces dernières décennies mais l’élevage en cage prédomine toujours largement en France, et seulement un quart des poules ont accès à un parcours extérieur. Si les ventes d’œufs de poules élevées en plein air augmentent depuis plusieurs années, plus de 35 millions de poules pondeuses passent encore toute leur vie confinées dans un bâtiment, et la quasi-totalité d’entre elles y sont enfermées dans une cage.

Modes d'élevage des poules pondeuses en France en 2014
Modes d'élevage des poules pondeuses en France en 2014
(sources : ITAVI/DGAL)
Plus de 47 millions de poules pondeuses sont élevées en France. Premier producteur européen d’œufs de consommation, juste devant l'Allemagne, la France a produit 15 milliards d’oeufs en 2015.

Comment agir pour améliorer les conditions de vie des poules pondeuses ?

- Apprenez à déchiffrer les codes imprimés sur les coquilles et choisissez des œufs de poules élevées en plein air (code 1 ou 0)

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De nombreuses activités, comme la recherche de nourriture et l'abreuvement, sont le fruit d'un apprentissage.
De nombreuses activités, comme la recherche de nourriture, sont le fruit d'un apprentissage. (photo © Sobotta-Photo - Fotolia.com)

Les souches de poules utilisées aujourd’hui en élevage ont été obtenues par domestication d’une poule de la jungle d’Asie du Sud-Est : la poule Bankiva. Comme le paon et le faisan, la poule Bankiva fréquente les zones boisées et plus particulièrement les clairières et la lisière des bois.

Si les poules passent une grande partie de leur journée à se déplacer en grattant et picorant le sol pour explorer et se nourrir, elles consacrent également beaucoup de temps à l’entretien de leur plumage, et autres comportements dits de confort. Lissage des plumes, étirements et battements d’ailes, bains de poussière et bains de soleil, sont autant d’activités essentielles à leur bonne santé et à leur bien-être. Le bain de poussière est un comportement très caractéristique de cette espèce, et l’impossibilité d’exprimer ce comportement, faute de substrats adéquats, induit un état de frustration et de stress.

Aujourd’hui, les poules domestiques pondent environ 300 œufs par an. Mais la ponte ne peut se résumer à l’expulsion d’un œuf ! Tout comme son ancêtre, la poule Bankiva, la poule domestique recherche activement un lieu approprié pour aménager un nid, puis y pondre. Elle choisit un endroit calme, isolé, légèrement assombri et pourvu d’un sol mou et confortable qu’elle peut façonner à son goût. Cette recherche, plus ou moins longue selon les opportunités qu’offre l’environnement, s’accompagne de postures et de vocalisations caractéristiques du comportement de nidification.

Plus de 200 000 poules s'entassent parfis au sein d'une même exploitation
Plus de 200 000 poules s'entassent parfis au sein d'une même exploitation

La situation des poules en cage

Près de 7 poules pondeuses sur 10 (68%) sont détenues en cage en France. Dans un même bâtiment, plusieurs dizaines de milliers de poules (souvent plus de 50 000) sont entassées dans des cages alignées sur plusieurs niveaux.

Depuis l’entrée en vigueur, en 2012, de la Directive européenne 1999/74/CE, ces cages sont dites aménagées car elles doivent comporter : un nid collectif, une aire de grattage avec de la litière, au moins 15 cm de perchoir par poule et un dispositif de raccourcissement des griffes. Si ces aménagements améliorent certains aspects des conditions de vie des poules par rapport aux cages dites conventionnelles, ces conditions de détention demeurent inadaptées aux caractéristiques biologiques et comportementales de cette espèce. En outre, ces équipements ne sont pas toujours appropriés ou opérationnels. Les perchoirs sont posés à quelques centimètres seulement du sol alors que les poules aiment se percher en hauteur pour se sentir en sécurité. Deux problèmes majeurs sont par ailleurs soulignés par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) dans un rapport publié en 2014 : les poules disposent très rarement de litière et la zone appelée « nid » n’est pas toujours conforme aux exigences réglementaires. Les poules en cage ne peuvent donc ni gratter ni picorer sur un substrat réellement adapté et encore moins prendre des bains de poussière.

Selon leurs dimensions, ces cages hébergent d'une douzaine à une soixantaine d'oiseaux. La surface minimale par poule équivaut encore aujourd’hui à celle d’une feuille A4 : 750 cm² dont 600 cm² de surface utilisable. Limitées dans leurs mouvements et ne pouvant exprimer les comportements indispensables à leur bien-être, tels que prendre des bains de poussière ou s’isoler dans un endroit calme pour pondre, les poules détenues dans ces conditions éprouvent quotidiennement de nombreuses frustrations et stress.

La détention en cage interdit toute activité physique et nuit fortement à la santé des poules. Ces dernières souffrent souvent d’une fragilité osseuse, favorisée par le rythme élevé de production d’œufs. Même avec une alimentation équilibrée, elles deviennent sujettes aux fractures, particulièrement fréquentes lorsqu’elles sont extraites des cages sans ménagement pour être conduites à l’abattoir à l’heure de leur réforme.

Dans ces élevages, les poules ne voient bien sûr jamais la lumière du jour et sont soumises à un éclairage artificiel, de faible intensité pour prévenir le picage des plumes et selon un rythme programmé pour stimuler la ponte.

Les alternatives à l'élevage en cage

Sous l’expression « élevages alternatifs » sont regroupés tous les élevages hors cages, que les poules disposent ou pas d’un parcours extérieur.

L’élevage au sol : des poules en liberté... mais confinées dans un bâtiment

Encore peu répandu en France, ce mode d’élevage concerne seulement 7% des poules pondeuses.
Les poules peuvent circuler librement dans le bâtiment mais elles n’en sortent jamais. Outre des perchoirs et des nids, elles doivent disposer de litière sur au moins 1/3 de la surface du bâtiment pour leur permettre de gratter et picorer le sol, et de prendre des bains de poussière. Mais comme leurs congénères élevées en cage, ces poules ne connaissent que l’atmosphère confinée du bâtiment et ne bénéficient pas des nombreux bienfaits de l’accès à l’extérieur. La densité y est par ailleurs élevée, avec 9 poules par m² de surface utilisable.

Certains élevages au sol sont aménagés « en volière ». Dans le bâtiment sont installées de grandes structures métalliques constituées de plateformes superposées, équipées de mangeoires, d’abreuvoirs et de nids. Les poules peuvent circuler, et voler, entre les étages et ainsi exploiter l'espace verticalement. L’espace gagné en hauteur ne profite toutefois pas entièrement aux poules puisque l’aménagement en volière permet d’augmenter la densité jusqu’à 18 oiseaux par m². Pour que les poules s’adaptent à cet environnement et pour limiter les risques de fractures, il est important que les poulettes aient été élevées dans des conditions proches afin de s’exercer au vol.

L'élevage avec parcours, de meilleures conditions de vie

Les poules ont davantage d’espace, dans un environnement plus riche et plus naturel ce qui leur permet d’exprimer une plus grande variété de comportements. Leurs conditions de vie s’en trouvent très nettement améliorées, et leur bien-être également.

élevage en plein air

Durant la journée, les poules sortent et rentrent librement dans le bâtiment. La densité sur les parcours est réglementée : en élevage « Plein air » et en élevage Biologique, chaque poule doit disposer au minimum de 4 m², et en élevage Label Rouge de 5 m². Le terrain doit offrir des abris contre les intempéries et contre les prédateurs, et en élevages labellisés la réglementation impose qu’il soit couvert de végétation sur la majeure partie. Mais pour que les poules profitent réellement des avantages du parcours et pour les inciter à sortir du bâtiment, elles doivent y trouver de nombreux abris, naturels ou artificiels car elles craignent d’être en terrain découvert. Les plus prudentes n’oseront pas s’aventurer au-delà des abords immédiats du bâtiment si elles ne peuvent se réfugier sous un abri dans un rayon de 10-15 mètres. D’autres risquent de rester à l’intérieur par peur de s’exposer aux dangers de l'extérieur ou de se frayer un chemin au milieu de leurs congénères pour gagner les trappes de sortie.

A l’intérieur du bâtiment, les conditions de vie sont globalement similaires à celles que connaissent les poules dans les élevages au sol. Elles disposent de perchoirs, de litière et de nids. En élevage Plein air et en Label Rouge, la densité y est aussi élevée (9 poules par m²) mais elle est moindre en élevage biologique (6 poules/m²). Lorsque l’accès au parcours est restreint pour des raisons climatiques ou liées à l’état du terrain, les poules doivent donc supporter une grande promiscuité dans des bâtiment comptant plusieurs milliers d’animaux.

Comment reconnaître les œufs de poules élevées en cage ?

Les œufs issus de poules élevées en cage se cachent souvent derrière des emballages illustrant des paysages champêtres et bucoliques. La réglementation impose néanmoins d’indiquer le mode d’élevage des poules pondeuses. Celui-ci doit être mentionné sur la boite de conditionnement et sur l’œuf. Lorsque les poules sont élevées en cage, cette indication figure souvent en petits caractères au dos de la boite. En cas de doute, mieux vaut se fier au code inscrit sur les œufs. Le premier caractère est un chiffre, de 0 à 3, qui renseigne sans aucune ambiguïté sur le mode d’élevage de la poule.

lire le code

Sur la boîte
Sur l'œuf
(1er caractère du code)

œufs de poules élevées en plein air + Agriculture biologique (AB)
0
œufs de poules élevées en plein air
1
œufs de poules élevées au sol
2
œufs de poules élevées en cage
3

 

Attention, on trouve aussi des œufs de poules élevées en cage sur les marchés ! Le bon réflexe : chercher le code ! Car les œufs vendus sur les marchés doivent également être marqués, même si l’éleveur écoule toute sa production en vente directe. En plus du code inscrit sur les œufs, le nom ou la raison sociale de l’éleveur, ainsi que la date de consommation recommandée des œufs, doivent être affichés.

Et pour les œufs contenus dans les produits transformés ? Les œufs figurent parmi les ingrédients de très nombreux produits, des pâtes aux sauces en passant par les biscuits ou les glaces par exemple. Les fabricants n’ont pas l’obligation d’indiquer le type d’élevage d'où proviennent les œufs. Seules des marques utilisant des œufs de poules élevées en plein air indiquent volontairement leur origine pour valoriser leurs produits. Ainsi par exemple, Lesieur, Amora et certaines marques distributeurs comme Carrefour, utilisent uniquement des œufs Plein Air dans leurs mayonnaises. L’indication Œufs de poules élevées en plein air ou la présence du logo AB sur l’emballage d’un produit transformé sont les seuls éléments garantissant que les œufs utilisés proviennent d’un élevage avec accès à un parcours extérieur.

pdfTélécharger le guide du consomm'acteur sur les poules pondeuses

Des pratiques inacceptables dans tous les systèmes d'élevage


L'élimination des poussins mâles

Si les poules pondeuses et les poulets de chair appartiennent bien à la même espèce, Gallus gallus domesticus, les premières sont issues de souches sélectionnées pour leur taux de ponte élevé alors que les seconds proviennent de souches se caractérisant par une prise de poids rapide.

Comme chez la plupart des oiseaux et mammifères, il nait à peu près autant de mâles que de femelles dans cette espèce. Les mâles des souches de pondeuses n’ont pas de valeur commerciale car ils ne présentent pas les qualités attendues d'un poulet de chair rentable. C’est pourquoi ils sont tués quelques heures après leur éclosion dans les couvoirs, par broyage ou gazage. Environ 50 millions de poussins mâles sont ainsi éliminés chaque année en France.

Les réglementations européenne et nationale encadrent cette pratique en stipulant les méthodes autorisées pour la mise à mort des poussins dans les couvoirs : par broyage dans « un dispositif mécanique entrainant une mort rapide » ou par « exposition au dioxyde de carbone ».

Des alternatives à cette pratique éthiquement inacceptable, plus ou moins satisfaisantes, sont pourtant possibles : engraissement des poussins mâles pour les commercialiser comme coquelets, utilisation de souches mixtes pour produire à la fois des œufs et de la viande, identification du sexe dans l’œuf. WELFARM souhaite que cette dernière solution soit privilégiée. L’enjeu est de disposer d’une méthode de sexage fiable au stade le plus précoce et sans conséquences pour le développement embryonnaire des poussins. Sous la pression des associations de protection animale et des citoyens préoccupés par les pratiques d’élevage, des recherches ont été engagées dans plusieurs pays européens. Au printemps 2015, l’Allemagne avait annoncé que l’une des méthodes de sexage in ovo développée à l’université de Leipzig, pourrait être utilisée en élevage commercial à partir de 2017. En France, le projet SOO, intitulé « mise au point d’une technique de sexage des œufs durant la phase d’accouvage » a obtenu un soutien financier de l’État à hauteur de 4,3 millions d’euros.

L'épointage des poules pondeuses

En France, les poules sont épointées quel que soit le mode d’élevage auxquels elles sont destinées.

L'épointage consiste en l’ablation de la pointe du bec pour prévenir le picage des plumes et surtout limiter ses conséquences. Le picage est un trouble du comportement qui consiste à piquer et arracher les plumes des congénères. Il peut évoluer en cannibalisme : toute trace de saignement, notamment occasionnées par le picage, mais parfois aussi la zone cloacale, devient la cible des coups de bec, provoquant d’importantes douleurs et parfois la mort. Mais l’épointage agit seulement sur le symptôme et n’élimine pas les causes du picage, qui sont principalement liées aux conditions de vie des poules.

Les poussins sont épointés au couvoir, à l’âge d’un jour le plus souvent, la réglementation l'interdisant au-delà de 9 jours. L’épointage des poules pondeuses est aujourd’hui presque toujours réalisé avec la technique dite à rayons infrarouges. Les rayons altèrent les tissus de la pointe du bec qui tombera deux à trois semaines plus tard. Si cette technique est moins douloureuse, pendant et après l’intervention, que l’épointage à la lame chauffante, cette mutilation reste inacceptable.

Le bec est un organe innervé, donc sensible, impliqué dans une grande variété de comportements. Il est pour la poule ce que la main est pour l'homme, et elle l'utilise dans toutes ses activités avec une très grande précision : explorer son environnement, sélectionner ses aliments, lisser ses plumes ou encore extirper un minuscule pou de son plumage… L’ablation de l'extrémité du bec a pour conséquence directe la perte de certaines capacités sensorielles, et lorsque la partie supérieure du bec est plus courte que la partie inférieure, ce qui est fréquent, la poule ne peut l’utiliser telle une pince comme elle le fait normalement.

L’élevage de poules non épointées est pourtant possible. Plusieurs pays d'Europe ont déjà interdit cette mutilation, depuis bien longtemps pour certains (Norvège en 1974, Finlande et Suède à la fin des années 1980). D’autres ont abandonné peu à peu cette pratique (Autriche, Danemark).

Les facteurs favorisant le picage sont aujourd’hui bien identifiés. L'origine du picage étant multifactoriel, sa prévention suppose de revoir la conception et la conduite des élevages sur plusieurs points conjointement. Composition de l’alimentation, lumière, prévention du parasitisme, ou encore choix de la souche sont des paramètres essentiels mais des aménagements améliorant les conditions de vie des poules, comme des bacs pour les bains de poussière, une meilleure structuration de l'espace ou encore des jardins d'hiver, contribueraient efficacement à prévenir ce trouble du comportement.

Les acteurs de la filière pressentent l’interdiction de l’épointage un jour en France ; des études sur la prévention du picage sans recourir à l’épointage sont en cours, et le développement d’alternatives à l’épointage figure parmi les objectifs de la stratégie nationale pour le bien-être des animaux 2016-2020.